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Crise centrafricaine : quelle est la légitimité de la « représentation » de la diaspora en France ?

Rédigé le Lundi 6 Novembre 2017 à 15:43 | Lu 1407 fois


Accusés de passivité face à la situation que traverse le pays, des ressortissants centrafricains résidant en France se sont réunis à Paris pour émettre des « propositions de sortie de crise ». Une démarche qui ne fait pas l’unanimité en RCA : les organisateurs sont en effet soupçonnés d’avoir reçu des financements des proches du président Faustin Archange Touadéra.


Créée le 4 novembre à Paris, une instance qui entend représenter la communauté centrafricaine de France entend peser dans le règlement de la crise qui secoue le pays. Ce nouvel organisme, qui a mis en place un « bureau de représentation », se propose de jouer les médiateurs et de se faire l’ambassadeur de la Centrafrique, notamment dans le domaine économique.
Mais cette instance, à peine née, a fait l’objet de critiques, certains voyant dans cette initiative la main du président Faustin Archange Touadéra, qui voudrait instrumentaliser la diaspora à son profit.
 
 
• Quel est l’objectif de la « Communauté centrafricaine de France » ?
La « Communauté centrafricaine de France » a été créée ce samedi 4 novembre, à Paris, avec pour mission, selon ses initiateurs, de « promouvoir la solidarité et le dialogue social au sein de notre communauté [et de] favoriser les investissements et apports de la diaspora centrafricaine pour le relèvement de la Centrafrique ». Elle se veut « le pont et la locomotive des porteurs de projets économiques et d’investissement pour le pays » et espère « constituer un interlocuteur crédible face aux autorités politiques et administratives du pays d’origine et du pays d’accueil », détaille Didier Martial, le porte-parole du bureau de représentation mis en place samedi.
Depuis le début de la crise qui secoue le pays, en 2013, c’est le premier groupe dans lequel tous les Centrafricains de France sont appelés à se rassembler.
 
• Pourquoi la diaspora française a-t-elle été accusée de passivité ?
Avant la mise en place de ce bureau de représentation, il a existé de nombreuses associations de la diaspora centrafricaine en France. Mais aucune n’a su peser véritablement sur les belligérants.
En outre, certains des dirigeants de groupes armés encore actifs dans le pays sont passés par la France.
« La diaspora centrafricaine dans l’Hexagone a toujours influencé les régimes successifs à Bangui. Paris reste « La Mecque » des présidents centrafricains dans leur prise de pouvoir », explique Bienvenu Guinon, qui vient d’être élu président de la « Communauté centrafricaine de France ».
C’est surtout sur les réseaux sociaux que cette diaspora se fait remarquer. Dans son discours traditionnel du 13 août, à l’occasion de la commémoration de l’anniversaire de l’indépendance, Faustin Archange Touadera a reconnu à demi-mots l’impact de cet activisme sur les réseaux sociaux. Il a également pointé « des gens malintentionnés qui critiquent incessamment » son régime.
« C’est d’ailleurs ce qui a suscité la mise en place d’un bureau représentant toutes les couches sociales et religieuses », indique à Jeune Afrique Bienvenu Guinon, expliquant qu’il s’agit de « mener, cette fois, des actions méthodiques, organisées avec le gouvernement centrafricain, pour apaiser les souffrances de nos compatriotes. »
 
• La « main invisible » des politiques ?
Les jours précédant la rencontre de samedi, à Paris, plusieurs observateurs centrafricains ont soupçonné une « main invisible » d’être à l’œuvre derrière la création cette organisation.
Des « soupçons infondés », affirme le comité d’organisation. « Ces allégations sont fondées sur les récents voyages à Bangui de l’un des membres fondateurs de notre association, qui a été élu président – Bienvenu Aimard Guinon – et de son accointance supposée avec des membres influents du pouvoir », explique Didier Martial.
Mais il assure aussitôt : « Je puis vous garantir que l’idée germait depuis des années. Le président de la République a simplement usé de son implantation dans le milieu centrafricain, malgré de nombreuses critiques, pour lancer un mouvement associatif regroupant tous les Centrafricains sans distinction de leur ethnie, religion ou convictions politiques. »
 
Parmi les proches du président Touadera soupçonnés de s’activer derrière cette organisation, Sani Yalo. Ancien libérateur, qui avait soutenu François Bozizé en 2003, cet homme d’affaires s’est ensuite réfugié en France après le coup d’État de la Séléka, en 2013.
Très vite, il est revenu dans le sillage du nouveau président. Mais le comité d’organisation réfute ce soupçon. « L’élection des membres du bureau a été démocratique et nous voulons changer les choses, cette fois, afin de contribuer à résoudre la crise chez nous », soutient Didier Martial.

Pacôme Pabandji


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